Emplois : Le HCP dévoile les résultats de son enquête
29/03/2018

Le Haut-commissariat au plan (HCP) vient de publier les résultats de son enquête nationale sur l’emploi.

 

Situation du marché du travail en 2017

 

Avec une population active de 11.915.000 personnes en 2017, progressant au rythme de 1,1%, moins important que celui de la population âgée de 15 ans et plus de 1,7%, le taux d’activité a reculé de 47% à 46,7% au niveau national.

 

Le volume de l’emploi a atteint 10.699.000 actifs occupés, en augmentation de 0,8% en 2017. Ceci correspond à une création nette de 86.000 postes d’emploi au niveau national, dont 42.000 dans le secteur d’activité de l’ »agriculture, forêt et pêche », 26.000 dans les « services », 11.000 dans les « BTP » et 7.000 dans l’ »industrie y compris l’artisanat ». Le taux d’emploi a baissé, en conséquence, de 42,3% à 41,9% au niveau national entre 2016 et 2017.

 

Outre la progression de son volume, l’emploi est aussi de faible qualité. En effet, 58,6% des actifs occupés âgés de 15 ans et plus n’ont aucun diplôme, 27,9% un diplôme de niveau moyen et 13,5% de niveau supérieur. De même, plus du quart des actifs occupent un emploi précaire, soit non rémunéré pour 18,6% de la population active occupée, soit occasionnel ou saisonnier pour 8,7%.

 

Les actifs occupés opérent globalement dans un marché peu organisé et faiblement protégé. 96,7% d’entre eux ne sont pas affiliés à une organisation syndicale ou professionnelle et 77,5% ne bénéficient pas d’une couverture médicale. Plus encore, près des deux tiers des salariés (65%) ne disposent pas de contrat formalisant leur relation avec leur employeur.

 

Le sous-emploi, de son côté, marque une tenace rigidité à la baisse. 9,8% des actifs occupés continuent de le subir en 2017 et pour 67,7% d’entre eux en raison de l’insuffisance du revenu du travail ou de l’inadéquation de leur formation avec l’emploi occupé.

 

Dans ces conditions, le chômage s’est accru de 9,9% à 10,2% au niveau national, soit 49.000 personnes en plus, enregistrées toutes en milieu urbain, portant leur effectif global à 1.216.000 au niveau national.

 

Ce taux est passé de 14,2% à 14,7% en milieu urbain et stagnant à 4% en milieu rural. Les taux les plus élevés ont été enregistrés parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (26,5% au niveau national et 42,8% en milieu urbain) et parmi les détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur (23,3%).

 

Un peu plus du tiers (36%) sont détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur, 58,4% sont à la recherche de leur premier emploi, 71,2% sont au chômage depuis une année ou plus et près de 7% des chômeurs sont découragés par la recherche active d’un emploi.

 

Des disparités régionales en termes d’activité et d’emploi

 

Les jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne sont ni à l’école ni en emploi enregistre un taux de 29,3% de l’ensemble des jeunes de cette tranche d’âge, 13% parmi les jeunes hommes et 46% parmi les jeunes femmes. Ce taux varie de 20,6% dans la région d’Eddakhla-Oued Eddahab à 34,4% dans l’Oriental.

 

Ce taux est largement plus important parmi les jeunes femmes que les jeunes hommes. Les écarts absolus les plus élevés ont été relevés au niveau des régions de Drâa-Tafilalet (44 points), Béni Mellal-Khénifra (43,6 points) et  la  région  de Marrakech-Safi (43,2  points ).  Les  écarts  les  plus  faibles  ont été observés au niveau de Casablanca-Settat (21,5 points) et de Laayoune-Sakia El Hamra (22,8 points).

 

Les taux d’activité enregistrés au niveau des régions d’Eddakhla-Oued Eddahab (71,9%), de Casablanca-Settat (50,5%), de Marrakech-Safi (48,4%) et de Rabat- Salé-Kénitra  (47,3%)  dépasse  la  moyenne  nationale (46,7%). Le taux d’activité des femmes n’a atteint que 22,4% (18,4% en milieu urbain et 29,6% en milieu rural) contre 71,6% parmi les hommes (67,6% en milieu urbain et 78,4% en milieu rural), soit un écart de 49,2 points. Ce dernier a enregistré de grandes disparités entre les différentes régions allant de 44,3 points au niveau de la région de Casablanca-Settat à 56,7 points dans la région de l’Oriental.

 

Cinq régions regroupent près des trois quarts (72,4%) du volume total de l’emploi. Il s’agit de Casablanca-Settat (22,4%), de Marrakech-Safi (13,8%), de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Fès-Meknès (11,6%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima  (11,1%).

 

Au delà du volume de l’emploi et de sa répartition entre régions, des disparités régionales sont relevées en termes de qualité de l’emploi :

 

  • La proportion des actifs occupés n’ayant aucun diplôme a varié entre 44,2% dans la région de Laayoune-Sakia El Hamra et 66,5% à Béni Mellal-Khénifra. Elle a dépassé la moyenne nationale (58,6%) au niveau de 7 régions.

  • La part de l’emploi non rémunéré est passée de 4,9% dans les régions du sud à 25,4% dans la région de Béni Mellal-Khénifra. Elle a enregistré des niveaux plus importants que la moyenne nationale (16,8%) au niveau de 5 régions.

  • Près de 8,7% actifs occupés ont exercé des emplois précaires. Cette proportion est passée de 4,5% dans la région de Casablanca-Settat à 15% au niveau de la région de Marrakech-Safi, pour culminer à 19% dans celle de Souss-Massa.

  • La part des salariés ayant exercé un emploi sans contrat de travail est passée de 52,9% dans la région de Rabat-Salé-Kénitra à 81,6% dans l’Oriental. Cette part a dépassé le niveau national (64,8%) au niveau de 7 régions du Royaume.

  • La part des salariés ne bénéficiant pas d’une couverture médicale passe de 32,2% dans la région d’Eddakhla-Oued Eddahab à 72,2% dans la région de Fès-Meknès. Elle est en dessus de la moyenne nationale (58,1%) au niveau de la moitié des régions.

 

Concernant le chômage, près de 82,8% des chômeurs sont concentrés dans six régions. La région  de Casablanca-Settat  vient  en  première  position  avec 25,1%, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (17,5%), l’Oriental (11,3%), Fès-Meknès (10,8%), Marrakech-Safi (9,4%) et, enfin, Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8,7%).

 

Les niveaux de chômage les plus élevés sont observés dans les régions de Guelmim- Oued Noun (17,7%) et de l’Oriental (17,1%). Les niveau les plus bas sont enregistrés au niveau de la région de Drâa-Tafilalet (6%) et de la région de Béni Mellal- Khénifra (6,1%).

 

Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 29 ans le plus élevé a été relevé dans la région de Guelmim-Oued Noun (43,9% pour l’ensemble des jeunes et 59,4% parmi les femmes). Le niveau le plus faible a été observé dans la région d’Eddakhla-Oued Eddahab (9,4%) et de Drâa-Tafilalet ( 14,7%).

 

D’une façon générale, le chômage  affecte en particulier les tranches de population bénéficiant des niveaux de diplôme les plus élevés. Le  taux  de  chômage  passe de 3,8% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme à 15% parmi les diplômés de niveau moyen pour atteindre 23,3% parmi les diplômés de niveau supérieur.

 

Par ailleurs, l’incidence du sous emploi dépasse la moyenne nationale (9,8%) au niveau des régions de Fès-Meknès (16,2%), de Béni Mellal-Khénifra (15,2%), de l’Oriental (12,7%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (12,4%). Il enregistre ses niveaux les plus bas dans les régions de Guelmim-Oued Noun (3,4%) et de Drâa-Tafilalet (4,5%).

 

2 actifs occupés sur 3 jugent leur emploi adéquat avec leur diplôme

 

Près de 7 actifs occupés âgés de 15 ans et plus sur 9 (77,6%) considèrent qu’ils disposent des compétences requises pour l’emploi qu’ils occupent, abstraction faite qu’ils aient reçus une formation académique[1] ou pas (76,9% pour les hommes et 79,8% pour les femmes), 11,9% estiment que la qualification dont ils disposent dépasse les compétences requises par leur travail, alors que, pour 8,6% d’entre eux, leurs compétences sont en deçà des exigences de l’emploi qu’ils occupent.

 

Par ailleurs, 63,4% des actifs occupés âgés de 15 ans et plus disposant d’une formation académique estiment que le type de diplôme qu’ils détiennent est adéquat avec la nature du travail exercé. Ce constat est établi par les femmes plus que les hommes avec des proportions respectives de 65,4% et de 62,5% et par les citadins (64,9%) beaucoup plus que les ruraux (45,1%).

 

Accès des femmes à l’emploi : faible participation en raison de la prise en charge du foyer  

 

La participation des femmes au marché du travail demeure faible et largement en deçà de celle des hommes, avec respectivement 22,4% et 71,6% en 2017. Au cours des quinze dernières années, le taux d’activité des femmes a régressé d’environ 3,5 points. La majorité des femmes en dehors du marché de travail sont des femmes au foyer (76,6%) et des élèves ou étudiantes (13,4%).

 

6 femmes sur 10 en situation d’inactivité (60,8%) sont mariées et 1 sur 4 (25,9%) célibataire. Un peu plus du tiers d’entre elles (34,9%) ont moins de 29 ans, 27,8% ont 30 à 44 ans et 37,4% ont 45 ans et plus. Près des deux-tiers de ces femmes ne disposent d’aucun diplôme et 7,9% ont un diplôme de niveau supérieur.

 

52,7% des femmes sont en dehors du marché du travail pour des raisons liées à la nécessité de s’occuper des activités domestiques ou prendre soin des enfants, 18% préfèrent ne pas travailler et 8% en raison du refus du mari.

 

Les contraintes pour l’accès de la femme au marché du travail diminuent avec l’amélioration du niveau du diplôme. La part des femmes en dehors du marché du travail pour des raisons liées à la nécessité de prendre soin des enfants passe de 60,9% pour les femmes sans diplôme à 45,3% pour celles ayant un diplôme de niveau moyen et à 32,2% pour celles disposant d’un diplôme de niveau supérieur.

 

Près d’une femme inactive sur 10 (10,9%) est disposée à exercer un emploi. Cette proportion est de 25,9% pour les femmes évoquant le refus du père ou d’un membre de la famille, de 16,8% le refus du mari et de 10,3% la nécessité de prendre soin des enfants.

 

Selon l’âge, les femmes de moins de 30 ans sont les plus disposées à intégrer le marché de travail avec 15,4%, suivies de celles âgées de 30 à 44 ans (14,2%).

 

Selon la qualification, les femmes inactives disposant d’un diplôme de niveau supérieur sont les plus motivées à intégrer le marché du travail avec une proportion de 19,6% contre 13,1% pour celles ayant un diplôme de niveau moyen et seulement 8,9% pour les femmes inactives sans diplôme.

 

A noter que l’accès des femmes en dehors du marché du travail disposées à travailler pourrait améliorer le taux d’activité national de 4,3 points, mais aussi celui des femmes, de 8,5 points.

 

Les entrepreneurs au Maroc : la quasi-totalité sont des travailleurs indépendants, de sexe masculin et de faible qualification

 

Le nombre d’entrepreneurs s’élève à 3.668.000 personnes, ce qui constitue 34,3% de l’ensemble des actifs occupés âgés de 15 ans et plus ; 39,4% pour les hommes et 17,4% pour les femmes ; 31,4% en milieu urbain et 37,8% en milieu rural.

 

Un peu plus de 7 entrepreneurs sur 10 sont concentrés dans 5 régions : Casablanca-Settat (20,4%), Marrakech-Safi (14,0%), Rabat-Salé-Kénitra (12,7%), Fès-Meknès (12,1%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,9%).

 

Selon le statut professionnel, la majorité des entrepreneurs sont des travailleurs indépendants (86,9%), suivis des employeurs (7,2%), des associés (5,5%) et des salariés gérants (0,5%).

 

Près de 9 entrepreneurs sur 10 (88,2%) sont des hommes (90,4% en milieu urbain et 86,0% en milieu rural), 1 sur 2 est âgé de 45 ans et plus (49,6%), 4 sur 10 de 30 à 44 ans (39,9%) alors que le dixième ont moins de 29 ans (10,5%). Une proportion élevée des entrepreneurs ne dispose d’aucun diplôme (69,5%). 24,2% d’entre eux ont un diplôme de niveau moyen et seulement 6,3% un diplôme de niveau supérieur.

 

Selon le secteur d’activité, 38,9% des entrepreneurs exercent dans l’agriculture, forêts et pêche, 45,1% dans le secteur des services, 8,3% dans l’industrie y compris l’artisanat et 7,7% dans les BTP.

 

Il est à relever que 98,2% des entrepreneurs gèrent des unités économiques de taille ne dépassant pas 5 employés et 3% seulement détiennent une comptabilité.

 

Parmi les entrepreneurs détenant une comptabilité, 51,8% déclarent qu’ils n’ont pas rencontré de difficultés majeures au moment de la création de leur unité ou du lancement de leur activité.

 

Pour ceux ayant déclaré avoir rencontré des difficultés, les principaux obstacles touchent à la complexité des procédures administratives, déclarée par 42,5% des entrepreneurs (42,8% en milieu urbain et 35,7% en milieu rural), à l’accès au financement par 41,5% (41,0% en milieu urbain et 52,4% en milieu rural), à l’accès au foncier par 9,9%, notamment en milieu urbain (10,3%), au manque de main d’œuvre qualifiée par 2,1% et, enfin, au népotisme par 1,7%.

 

A peine 2 actifs occupés âgés de 15 ans et plus sur 10 bénéficient d’un système de retraite avec d’importantes disparités entre villes et campagnes

 

Environ le cinquième (21%) des actifs occupés âgés de 15 ans et plus bénéficient d’un système de retraite, 33% en milieu urbain et 6% en milieu rural ; 20,5% pour les hommes et 21,8% pour les femmes. Cette proportion est de 13,2% pour les jeunes actifs occupés âgés de 15 à 29 ans et de 23,2% pour les adultes âgés de 30 ans et plus.

 

La part des actifs occupés âgés de 15 ans et plus bénéficiant d’un système de retraite augmente avec le niveau de diplôme, passant de 8,3% pour les actifs n’ayant aucun diplôme, à 22,3% pour ceux ayant un diplôme de niveau moyen et à 71,6% pour les diplômés du niveau supérieur.

 

Selon le secteur d’activité économique, cette part passe de 4,5% parmi les actifs exerçant dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche, à 8,8% dans les BTP, à 33% dans les services et à 36,9%  dans le secteur de l’industrie y compris l’artisanat.

 

Les immigrants au Maroc : Une situation vis-à-vis du marché du travail quasi similaire à celle de l’ensemble de la population

 

33,5% des immigrants installés au Maroc sont originaires de pays arabes, 32,5% d’Europe et 27,3% de pays subsahariens non arabes. Les raisons à l’origine de l’immigration vers notre pays sont d’ordre économique pour 41,4% des immigrants, social pour 22,4%, de poursuite d’étude ou de formation pour 11%7 et, enfin, d’ordre humain pour 8,6%.

 

Près de 6 immigrants sur 10 (59,3%) sont des hommes. Ils constituent 70,5% des immigrants originaires de pays Africains subsahariens non Arabes, 56,0% des immigrants d’Europe et 54,2% de pays Arabes.

 

La majorité des immigrants réside dans les villes (97,7%). Une forte proportion d’entre eux (86,9%) est concentrée dans 4 régions à savoir Casablanca-Settat (33,8%), Rabat-Salé-Kenitra (28,0%), Marrakech-Safi (15,2%), et l’Oriental (9,9%).

 

Les immigrants disposent de niveaux de qualification au dessus de la moyenne nationale. Ainsi, trois d’entre eux sur 4 (75,7%) sont diplômés, répartis entre 54,1% ayant un diplôme supérieur et 21,6% un diplôme de niveau moyen. A titre comparatif avec l’ensemble de la population marocaine, ces proportions sont respectivement de 43,9%, 32,5% et 11,4%.

 

La situation des immigrants vis à vis du marché du travail est presque de même niveau que celle relative à l’ensemble de la population avec un taux d’activité de 48,9% et 46,7% respectivement. Ce taux atteint 64,2% parmi les immigrants hommes et 25,5% parmi les femmes contre respectivement 71,6% et 22,4%.

 

Le secteur des services attire la majorité des immigrants puisqu’il s’accapare, à lui seul, 78,5% de la main d’œuvre immigrante suivi du secteur du bâtiment et des travaux publics (12,0%).

 

Le taux de chômage de cette catégorie de la population est de l’ordre de 18,1%. Il affecte particulièrement les femmes (23,4%) plus que les hommes (16,7%) et  les jeunes âgés de 15 à 29 ans (34,6%) plus que les personnes âgées de 30 à 44 ans (18,5%) et celles de 45 ans.

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