Invité Jobmédiaire

Ali Serhani
Directeur Associé GESPER Services

Jobmédiaire : Parlez-nous de votre métier ?

Ali Serhani : Je dirai que c’est un métier comme tous les autres mais qui a la spécificité première de se consacrer à 100 % à l’humain. Nous sommes donc dans le cadre de notre travail en contact permanent avec plusieurs personnes ou différentes sortes de « populations » pour reprendre le jargon RH. Que cela soit des candidats ou des clients ou les personnes qui composent nos réseaux professionnels. Ce sont des personnes avec des richesses intellectuelles, des histoires, des nationalités, des religions, des philosophies, des avis, des comportements, etc…. très différents et qui nous permettent d’en apprendre beaucoup plus et chaque jour sur la nature humaine. En somme c’est ce qui fait que notre métier est enrichissant à tous les égards. Nous touchons à l’humain et à sa complexité. Recruter peut paraître banal mais quand on creuse ou que l’on cherche à découvrir l’autre on découvre des choses extraordinaires. 

 

JM : Comment se positionne votre cabinet au sein du marché ?

AS : Sans être prétentieux, et à notre niveau je dirai bien. Pour être très transparent avec vous, vous donner un positionnement exact du cabinet c’est vous induire en erreur car il faut qu’il y ait un comparatif avec les autres cabinets. Données que nous ne possédons pas. Je dirai tout simplement que nous fêtons cette année notre 20ème année d’existence donc nous ne sommes pas nés la veille. Dès la fondation du cabinet notre règle d’or a toujours été la discrétion et cela a été payant à long terme. Nous nous sommes positionnés sur le marché des cadres supérieurs et cadres dirigeants et le conseil RH (Juridique et Social).  Nous comptons parmi nos clients une grande partie des plus importantes entreprises de la place mais aussi des PME structurées. Notre travail est apprécié par la majorité des entreprises qui nous consultent ou qui nous ont consultés.

 

JM : Qu’attendent de vous les recruteurs ? Les candidats ?

AS : Ils attendent de nous une seule et même chose : La discrétion et réussir les missions de recrutement qui nous sont impartis. C'est-à-dire que les deux parties se doivent d’être gagnantes. N’oublions pas que notre travail n’est pas celui d’un intermédiaire normal car au centre de tout se trouve l’humain. Les candidats comme les clients nous demandent d’être impartiaux. De défendre les intérêts des uns et des autres. Il y a de cela cinq années nous avions perdu un client très important. Une importante institution financière. Notre tort a été d’avoir défendu les intérêts de notre candidate. Le DRH nous avait précisé que l’entreprise était la cliente et non pas l’inverse. Nous lui avions précisé que « NON » notre client ce sont les deux parties en présence. La candidate avait été recrutée (malgré lui) selon ce qu’elle avait demandé car la Direction Générale avait opté pour l’approche de GESPER SERVICES. Le DRH l’a mal pris et a tout fait pour ne plus travailler avec nous. Nous avons perdu le client… Parfois il faut savoir trancher même si cela se fait au détriment de nos intérêts. Cela ne se fait pas de gaieté de cœur mais au moins personne ne viendra nous dire que nous l’avons induit en erreur que ce soit le client ou le candidat. Ceci n’est pas propre à GESPER SERVICES mais à la quasi majorité des cabinets de la place que je connais et qui sont reconnus pour leur sérieux.

 

JM : Qu’est-ce qui forge votre première impression sur un candidat ?

AS : Je répondrai à l’état brut par la personnalité. Sans personnalité vous n’êtes rien c’est elle qui fait de vous une personne respectable ou pas. N’avez-vous jamais remarqué que certaines personnes n’ayant même pas le niveau bac réussissent à gérer des personnes issues des plus grandes écoles ou ayant une expérience professionnelle des plus remarquables ? Une forte personnalité permet à la personne d’imposer le respect de la manière la plus douce à tous ceux qui l’entourent. Viennent ensuite certaines autres qualités telles que l’intégrité, les valeurs et enfin une vision à long terme. Vous remarquerez que je ne parle pas des compétences techniques ou des diplômes. Ceci pour la simple raison que c’est le basique c’est un prérequis avant même d’entamer un quelconque entretien avec le candidat. Si le candidat ne correspond pas à ce que recherche le client en matière de formation et d’expérience professionnelle, nous préférons ne pas lui faire perdre son temps et notre temps bien sûr. Disons pour conclure ce point qu’au niveau du cabinet nous préférons voir un candidat toujours dans le cadre d’un entretien de prise de contact. Laissons de côté les diplômes et le reste. Il n y a pas mieux car si les entretiens sont concluant l’étape suivante est abordée de manière plus sereine.

 

JM : Quelle est l’erreur la plus récurrente que vous relevez en entretien d’embauche ?

AS : Sans généraliser bien sûr je dirai deux choses : Le manque de culture générale et le manque de savoir être. Je commencerai par le savoir être c’est hélas au Maroc le talon d’Achille de beaucoup de candidats. Ce n’est pas de leur faute mais je crois qu’il y a un grand travail à faire à ce niveau-là. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les causes tout le monde les connait. Vient ensuite la culture générale. Que la personne soit issue des plus grandes écoles européennes et/ou américaine et/ou marocaine ne veut rien dire. Techniquement elle est généralement implacable et impeccable  mais dès que vous entamez la discussion sur certains points d’actualités politiques, sociales, ou autres que cela soit à l’échelle nationale ou internationale c’est hélas le « Grand vide » le « Néant ». Nous avons eu à recruter une personne pour diriger une entreprise dans un pays d’Afrique subsaharienne. Nous nous sommes, si j’ose dire, amuser à faire des tests tous simples « d’Histoire -géographie ». Surtout que notre client nous a bien précisé qu’il avait besoin de quelqu’un qui s’intéresse un peu au milieu dans lequel il va travailler et qui devrait s’intéresser à l’histoire et aux coutumes africaines. Lorsque nous discutions avec certains candidats de certains points relatifs à certains pays c’était le néant. On aurait dit que le Maroc se trouvait sur la planète Mars et non pas en Afrique. Autre anecdote un candidat par exemple ne savait même pas que la capitale de la Mauritanie est Nouakchott. Il savait que Bamako était la capitale du Mali car il s’était rappelé que le Roi avait visité ce pays dernièrement. Quant aux questions en Histoire je préfère vous éviter les réponses que nous avions reçues. Je dirai comme me le précisait un confrère qu’il y a une « sécheresse intellectuelle » chez plusieurs candidats malheureusement. Le management interculturel nécessite beaucoup de connaissances et de curiosités pour pouvoir comprendre ce que c’est de gérer des gens de différentes cultures surtout si vous êtes un DG expatrié qui n’a pas droit à l’erreur. Vous ne pouvez pas par exemple atterrir au Japon ou en Corée du Sud sans avoir bien étudié les traditions et les manières de ces pays.

 

JM : Quelle place accordez-vous aux réseaux sociaux professionnels et  job-boards comme outil de recrutement ?

AS : Une grande place mais je dirai que le mot de la fin revient au recruteur qu’il soit cabinet de recrutement, DRH ou dirigeant d’entreprise. Car comme indiqué plus haut nous ne travaillons pas avec des choses mais avec et pour les Hommes et les Femmes qui constituent notre raison d’être puisque nous sommes des recruteurs de ressources humaines. Les Job-boards et les  réseaux sociaux nous facilitent (ainsi qu’aux candidats) la tâche mais concernant les cabinets de recrutements le gros du travail se fait en aval. La mise en relation se fait via un Job-board une relation ou spontanément mais le reste demeure du ressort du cabinet qui se doit de faire en sorte que la personne présentait soit la plus adéquate à occuper le poste à pourvoir. On peut parfois se tromper disons-le en toute transparence mais l’erreur est, et restera humaine.

Mais disons les choses clairement, pour les candidats les réseaux professionnels sont et resteront fondamentaux pour leur carrière car nous vivons une époque où ceux qui n’ont pas de réseaux sont, excusez l’expression : « out ».

 

JM : Dans un climat économique particulièrement tendue, comment voyez-vous l’évolution du marché de l’emploi dans les années à venir ?

AS : Je demeure contre vents et marées optimiste quant à l’avenir. Il ne faut pas oublier que nous n’avons guère le choix. Soit nous travaillons et faisons en sorte de chercher les opportunités là où elles sont, soit passez-moi l’expression nous « passerons à la trappe ». Nous avons une grande marge de manœuvre vu la stabilité du pays donc à nous de saisir cette chance.

 

JM : Si vous aviez un conseil aux jeunes candidats … ?

AS : En deux mots j’utiliserai le proverbe qui dit : « Aide-toi et le Ciel t’aidera ». N’attendez rien de personne. Votre avenir et votre vécu sont entre vos mains à vous de savoir ce que vous voulez. On vous propose un CDD ne dites pas « non », l’essentiel c’est de faire le premier pas. On vous propose un stage non rémunéré dans une entreprise de renom et dans un service dans lequel vous allez beaucoup apprendre ne dites également pas « non ».Vous êtes encore jeune vous devez tout apprendre. La théorie n’est rien si elle n’est pas complétée par la pratique, mais pas n’importe quelle pratique je dirai « Les bonnes pratiques ou Best practices » dans des entreprises structurées. Ensuite constituez-vous au fur et à mesure de l’avancement de votre carrière un excellent réseau mais pas uniquement virtuel. Intégrer des associations « non fermées sur elles mêmes »,  échangez avec d’autres personnes dans d’autres entreprises, organisations, d’autres milieux, assistez aux tables rondes et rencontres professionnelles, littéraires, artistiques et autres. En clair trouvez le temps et faites-vous connaitre !!! Ayez soif d’apprendre cela ne vous coute rien les TIC vous facilitent la vie. Vous me direz que cela peut paraître facile je vous dirai « OUI » car il suffit de vouloir.

Enfin et dernier conseil et qui est le plus important notamment  pour ceux que la vie n’a pas encore endurci et qu’elle endurcira sûrement, n’oubliez jamais l’adage qui dit que : « Si Dieu nous a dotés d'une bouche et de deux oreilles, c'est pour que nous nous appliquions davantage à écouter qu'à parler ». 

Suivez-nous sur :